À tant d’amis qui ont perdu la raison ou se sont suicidés pour la même raison…
Cet article et ses commentaires, m'on touché, respect pour l'auteur et
"Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société
complétement malade." !!!!
par vlane (son
site)
Quand je prends le temps de refaire le film de tant de désastres, je réalise que j’ai vu beaucoup de jeunes gens autour de moi devenir fous ou
se suicider. Beaucoup trop au point que j’ai fini à un moment par me demander si je ne sympathisais qu’avec des gens ayant ce profil. Avec le temps et une petite expérience de la vie, je les
revois toutes et tous et je réalise qu’ils avaient le même profil : trop sensibles comme on dit. Ce serait donc un handicap en ce monde mais ce n’est pas tout…
Bien sûr, on imagine quel genre d’adultes deviendraient dans notre monde des gens rêveurs qui ne mentiraient absolument jamais, diraient
toujours la vérité, voudraient le bien d’autrui, penseraient aux autres avant eux-mêmes, généreux à toute épreuve, transparents, polis, corrects, ne voulant le moindre mal à personne, incapables
de jalousie, reconnaissants, serviables, désintéressés, aimants, loyaux, fidèles, constants ; en un mot : trop bons !
Pourtant des gens comme ça existent, j’en ai rencontrés, Dieu merci, quelques-uns dont le premier malheur fut de se sentir seuls au monde au
milieu d’un entourage où ce genre de différence se paye cash à moins d’un miracle…
Ce qui les a rendus fous, ce qui les a fait sombrer dans la drogue, l’alcool ou le suicide ce n’est pas seulement l’incapacité à supporter ce
monde tel qu’il est comme si on demandait à des gens carrés de devenir ronds mais c’est surtout qu’il existe des gens qui ont besoin d’une réponse globale.
Quand ils ont la chance d’atterrir dans un milieu qui favorise leur soif de recherches et de découvertes, ils deviennent chercheurs,
aventuriers ou tout ce qu’on veut qui occupe l’esprit en allant de l’avant. Ce sont ces gens qui font avancer le monde et lui donnent ses pas de géant. Jadis, ce sont ceux qui inventaient des
trucs qui ne furent utiles à l’humanité que bien après leur mort mais quand ils ne trouvent rien, ils mènent une vie de dingue un peu à la marge du monde, l’esprit occupé à chercher en
vain…
Ceux-là s’en sortent.
Le malheur, c’est les autres dont l’esprit est tout aussi disposé à être occupé à trouver des réponses à tout, au monde, à la vie… Le
malheur, c’est le commun des mortels qui seul dans son coin veut des réponses mais sans avoir les moyens intellectuels de se créer une représentation du monde qui puisse calmer la furie de soif
de réponse.
Ces gens existent et existeront toujours.
Aucun cynisme ne pourra jamais prendre sur eux, aucune réponse à la con non plus. N’ayant pas le bagage intellectuel qui leur permette
de savoir que leurs questions ont été posées par d’autres qui ont pu se donner telle ou telle réponse, ils doivent seuls affronter le chaos et la mécanique du monde sans
pouvoir s’empêcher d’être hantés par la réponse suprême ou du moins un faisceau convergeant de réponses qui puissent tranquilliser.
Inversement, le malheur pour certains étant qu’à force d’avaler sans digérer, ils finissent par avoir aussi une indigestion intellectuelle
aussi fatale que l’ignorance totale de l’héritage philosophique ou même métaphysique disponible.
Toujours est-il que la mécanique de leur enfer se ressemble : souvent ils commencent par être émerveillés par le monde et ses
merveilles, puis avec l’âge, les soucis, l’expérience de la nature humaine qu’ils découvrent souvent trop tôt les voilà qui tombent dans les coulisses du monde : c’est alors le début de la
fin.
Essayant alors de faire l’expérience du cynisme après un long parcours d’émerveillement, de doute et de désespoir, ils finissent par essayer
l’humour, puis parlent de moins en moins comme s’ils voulaient se faire discrets certains de voir la puissance des choses sans avoir la force de les encaisser, puis un jour sans qu’on sache
pourquoi après mille petits signes qu’on ne réalise que trop tard, les voilà qui pètent les plombs sérieusement, se tuent ou se perdent dans des substances qui leur fond supporter
l’absence de réponses ou l’excès de vision qui déséquilibre les innocents.
Je les revois un à un, une à une perdus entre ciel et terre, nés pour être différents mais n’ayant jamais eu la chance de dépasser le
doute ou la mécanique du chaos. Cela se joue à si peu de choses la force de tenir jusqu’à ce que passe la tempête. Un rien qui manque peut tuer la personne. Une enfance sans amour ou avec le
manque d’un amour parental et voilà une faille qui peut exploser à tout moment et qui finit par exploser à l’heure d’affronter le monde.
Une naissance ici et pas là, une rencontre bonne ou mauvaise, une tentation de trop ou une folie de moins et voilà tout prêt pour le
désastre.
Je les revois un à un, une à une, ces êtres d’exception nés pour subir la face hideuse du monde.
Impossible à ces gens-là de leur dire : « le monde est ainsi fait ! Marche ou crève ! »
Une pensée à eux !