S'il est une ombre ricanante veillant au (mauvais) grain sur nos têtes en
ces temps rayonnant d'absurdité, c'est bien celle de Roland Topor. Fils d'émigrés polonais fuyant le nazisme, Topor était l'élément lourd du groupe Panique. Pendant que ses compères
Jodorowski et Arrabal planaient dans la stratosphère, Topor, le corps pesant, ricanait son désespoir en écrivant un portrait en pied de Suzanne. Car le bon Roland était souvent
triste.
Du coup, Roland fit pas mal le clown. Pas mal et bien, surtout. Et surtout pour les enfants qui l'adoraient. Pensez, Topor était un ogre, terrifiant et
hilare. Créateur du fameux Téléchat, il fit le bonheur strident de moults minots, fascinés par Léguman et le Gluon du Trou. Personne n'avait prévenu les parents que le monsieur à
l'origine du show TV était le même qui avait écrit Le Locataire Chimérique, roman dérangé et schizo porté à l'écran par Roman Polanski en 1975. Topor concrétisa sur grand écran ses rêves
de théâtre de marionnettes avec le film Marquis, évocation drôlement culottée de la vie du Divin Marquis réalisé en compagnie de Henry Xhonneux, son compère de Téléchat. Un grand film.
Alors bon, il y aurait plein d'autres choses à dire, ça, c'est sûr !!!
En 1961, Roland décroche le "Prix de l'humour noir" pour son livre "Les Masochistes".
Jacques Sternberg profite de l'occasion pour réaliser et diffuser l'année suivante un reportage sur Roland lors d'une
émission consacrée aux dessinateurs.


Roland Topor au travail, le bruit de ses plumes sur le papier et son souffle...
Le dessin , peu à peu, sort du néant....
Extrait de l'émission GRAPH, sur ARTE, dans les années 90 !
La collaboration de Roland Topor à divers journaux (Le Pavé, Le Canard
Enchainé, Libération etc.) ne fut qu'une brève parenthèse dans sa carrière.
Je pense qu'il ne prisait guère le labeur qu'impose une collaboration quotidienne à un organe de presse.
Le dessin politique obéit à l'actualité et Roland n'obéissait à personne.
La seule rigueur qu'il s'imposait est d'être fidèle à sa conception de la Liberté : faire ce qu'il veut, au moment où il le souhaite. Tenter d'établir un équilibre, souvent périlleux,
entre le plaisir et la nécessité. En laissant la porte ouverte au hasard et ses rencontres....
